Les vrays

exercices

de la bien-heureuse sœur

Marie de l’Incarnation.

Composez par elle mesme.

 

Très propres à toutes Ames qui désirent

ensuyvre sa bonne vie.

 

Seconde édition.

 

A Paris

Chez Denis Moreau

rüe Sainct Jacques à la

Salamandre

 

M.DC.XXIII.

Avec privilège du Roy.

 


LE COMMENCEMENT DE CET EXERCICE SERA PROPRE POUR CONFESSER ET RECOGNOISTRE SON NÉANT ET PAUVRETÉ SPIRITUELLE, ET S’OFFRIR DU TOUT A DIEU-1-

   Hélas ! mon Dieu-2- , qui suis-je, qui me viens présenter devant vostre divine Majesté ? & qui estes-vous qui me supportez ? j’en suis du tout indigne : mais la [3-v] confiance que j’ay en vous me faict prendre telle hardiesse, pour vous remercier infiniment de tous les bénéfices que j’ay oncques receus de vostre paternelle bonté & miséricorde, spécialeme[n]t des bénéfices de créatio[n], rédemption, justification, glorification & particulière vocation, et pareillement de ce que m’avez préservé de tant de dangers, esquels je fusse tombé sans vostre ayde & spéciale grâce. Que vous donneray je doncques, mon Dieu, pour iceux, moy qui n’ay rien ? Je vous offre mon âme, afin qu’il vous plaise la rendre du tout aggréable à vostre Majesté, mon enten[4-r]dement à vous cognoistre, ma volonté à vous aymer & ma mémoire à ne vous oublier jamais.
   Je vous offre mon Dieu, ma volonté dessusdite, que je ne veux plus faire & ensuivre, ains la remettre totalement à la vostre, affin que je n’en aye plus du tout.
   Je m’offre à vouloir effectuer du tout, ce que le benoist S. Esprit demande de moy, je vous offre particulièrement une parfaicte abnégation de moy-mesme, avec un retranchement de tous plaisirs se[n]suels. Je m’offre et résigne-3- a estre privé de toutes co[n]solations & dévotions sensibles, qui ne sont [4-v] aucunement nécessaires à mon salut : je m’offre d’abondant à supporter volontaireme[n]t toutes sortes d’adversitez, à souffrir aussi maladies, confusions, peines, tribulations, pressures de coeur, & généralement tout ce qu’il vous plaira m’envoyer en temps & éternité.
   Maintenant, mon Dieu-4- , je suis tout à vous, c’est pourquoy je prendray la hardiesse de demander non seulement vos dons et vos grâces, mais aussi vous mesme, & spécialement en la réception de vostre très-précieux corps, en ce S. Sacrement que je désire recevoir pour estre plus parfaicte[5-r]ment conjoinct et uny avec vous. Hélas ! mon Dieu, combien mes péchez m’en rendent-ils indigne ? Seigneur, vous le cognoissez beaucoup mieux que moy.
   On fera icy une récollection succcincte de ses fautes & imperfections, & on en produira une contrition de cœur, en les jettant dans les playes sanglantes de ce bon Seigneur, avec grande recognoissance de soy mesme, parlant à Dieu en la manière qui s’ensuit ce qui servira d’exercice pour faire l’examen de sa conscience le soir et matin, ou devant que se présenter au sainct Sacrement de Pénitence.-5-

   Hélas ! mon Dieu, il me desplaist grandement, [5-v] que je ne puis passer ceste vie présente, sans tomber en une infinité d’imperfectio[n]s, c’est pourquoy je m’humilie devant vous, & ne sçay que dire ou faire, sinon que je fleschis les genoux de mo[n] cœur, j’humilie mon âme, & sousmets toutes ses puissances à vous seul, qui les pouvez réformer, & recognois mes péchez estre très-griefs & énormes: car j’ay péché contre vostre saincte Majesté, & ay mal faict en vostre présence.
   J’ay péché contre vous, Seigneur, mon très-bénin Créateur contre vous dis-je, qui m’avez créé à vostre image & sembla[n]ce me donnant [6-r] tant de créatures pour mon usage & service, & me faisant capable de vous mesme: hélas ! mon Dieu, il me desplaist fort de vous avoir tant offencé.
   J’ay péché contre vous, ô bonté infinie ! qui estes mon très doux Réde[m]pteur, vous, dis-je, qui estant infiniment zélateur de mon salut, ne m’avez point voulu perdre, mais estes descendu du Ciel en terre, pour endurer tant de travaux et tourments comme vous avez faict, afin de me réconcilier à vostre Père céleste, & satis-faire pour moy à sa divine justice : c’est pourquoy désirant de jouyr de ses grâces & bénéfi[6-v]ces, je m’y dispose, en vous criant mercy des fautes par moy commises.
   J’ay péché contre vous, mon Dieu, qui estes mon très-amoureux bief[n]aicteur, contre vous, dis-je qui non content de m’avoir donné tous vos do[n]s & grâces, vous vous estes donné prodigalement vous mesme à moy, en ce très vénérable & très-auguste Sacrement de l’Autel, auquel j’espère & désire m’unir, afin que je vous demande pardon du plus profond de mon cœur, de tant d’ingratitudes par moy comises contre vous.
   Hélas ! Seigneur, combien de fois me suis-je monstré [7-r] ingrat, desloyal & infidèle en vostre prese[n]ce ? c’est pourquoy je cognois et confesse que je suis une créature très indigne, je ne suis que pouldre et cendre, je ne suis rien, mon Dieu, et pour ceste cause, je vous supplie très-humblement avoir pitié de moy, qui suis si misérable, execrable, détestable, abominable devant vostre Majesté. Je prens, ô doux Jésus ! tous les péchez qui sont en moy, & les plonge dans vos très-chères playes, pour estre perdus & anéantis ; je les jette, mon bien-aymé, dans le feu admirable de vostre divin amour, affin qu’il vous plaise [7-v] les annichiler & consommer entièrement.
   Je les jette, mon Dieu, da[n]s le feu sacré de vostre sainct amour, afin qu’il vous plaise les suffoquer & submerger, afin qu’il n’en soit plus parlé-6- , ô ! pleust à vostre souveraine bo[n]té que je ne vous eusse jamais offensé, mais au contraire que j’eusse co[n]servé mon âme en ceste pureté et innocence, de laquelle l’aviez embellie après le Baptesme, ô ! mon Dieu, que je suis dolent & marry, de ce que jusques aujourd’huy j’ay servy au monde, aux péchez, & à la vanité, & par ce moyen ay beaucoup empesche en moy les effects de [8-r] vostre saincte grâce.
   Mais à la mienne volonté, mon bien-aymé Jesus, que je vous eusse esté tout le temps de ma vie plaisant & agréable, & que j’eusse tousjours condescendu à vos sainctes inspirations & volontez : je propose & délibère, mon Dieu, moyennant vostre grâce fuyr & éviter doresnavant tout ce qui vous desplaist, & suis prest & appareillé d’endurer mille morts, s’il estoit possible, plustost que vous offencer, & commettre une petite imperfection, que je cognoistray vous estre desagréable.
   Hélas ! mon doux Jesus [8-v] pardonnez moy, s’il vous plaist, toutes les offences que j’ay commises depuis l’heure que ie suis nay jusques à présent, & ce par les mérites de vostre saincte humanité, de vostre très-sacrée mère, & de tous vos esleus.

   Continuation de cet exercice, qui servira de préparation avant que célébrer la saincte Messe, ou communier.

    Lavez moy, mon doux Jésus, de vostre précieux sang, guarissez-moy, & me sanctifiez parfaictement, affin que je puisse estre disposé à recevoir non seulement ce très sainct et très vénérable Sacrernent, mais [9-r] aussi la vertu & efiicace d’iceluy; ce que je ne puis faire, si mon âme n’est purifiée de toutes sortes de vices et péchez : au moyen de quoy ressentant en moy une infinité de fautes & imperfections, je suis incité à, me présenter audit Sacrement, espérant par iceluy, comme par une Hostie & offrande de douceur, estre purgé & nettoyé de tout péché.

   Il faut icy former un acte de contrition de ses péchez, non seulement pour soy-mesme, mais aussi pour autruy.

D’avantage, Seigneur la multitude & nombre infiny de mes infirmi[9-v]tez, avec le désir que j’ay du salut de mon âme, m’excite à vous inviter comme mon Médecin, pour recevoir ceste médecine propre pour y remédier.
   L’affliction que j’ay de voir que je ne puis me contenir de vous offencer, & me tenir uny et conjoi[n]ct à vous par amour, me faict désirer vostre présence, affin qu’il vous plaise m’en délivrer. Outre, le désir que j’ay d’obtenir quelque grâce spéciale & particulière de vous, me fait approcher de vostre présence, à ce qu’estant uny à vostre majesté, j’obtienne plus facilement par vous auquel [10-r] le Père éternel ne peut rien dénier, ce que je demande.
   Premièrement, une lumière intérieure, pour cognoistre vostre bon plaisir, volonté de le faire, la puissance de l’exécuter & grâce pour m’assister, un ornement de toutes les vertus requises & nécessaires pour reposer vostre amour: comme une parfaicte obédience, pauvreté Évangélique, chasteté immaculée, très profonde humilité, pacifique simplicité, & séraphique charité, une profonde révérence vers vostre Majesté, un mépris de moy mesme, un désir d’estre mes[10-v]prisé & contemné, un désir très ardant d’endurer, une parfaicte abnégation de moy-mesme une promptitude de volonté à supporter esgallement toutes choses, tant en adversité, qu’en prospérité, la vertu de mansuétude douceur, & debonnaireté, une grande bénignité & compassion intérieure de toutes les nécessitéz, afflictions & tribulations de mes prochains, une libéralité extérieure envers eux une forte vigilence en tous mes exercices, la sobriété & tempérance pour en sçavoir user comme il faut & auta[n]t qu’il est nécessaire pour m’unir à vous [11-r], la chasteté de cœur & d’affection, & finallement un amour envers vous, aussi grand que toutes les créatures vous sçauroient porter.
    D’abondant, mon Seigneur-7- , le désir que j’ay de vous remercier de tous les bénéfices que j’ay receus de vostre Majesté m’excite à la réception de ce très-vénérable Sacrement, veu que n’avons rien pour vous don[n]er de plus propre que le Calice de celuy qui a opéré nostre salut en ce Sacrifice, une Hostie de louange, à sçavoir Jésus-Christ, en ce dessusdit très-sainct & très-auguste Sacrement.

   Il faudra en après remercier [11-v] Dieu, des bénéfices de création, rédemption, justification glorification, vocation particulière, des bénéfices conférez aux Saincts & Sainctes, dont on célèbre la feste : du Sacrement de Pénitence, de l’institution du sainct Sacrement de l’Autel, & de ce que nostre Seigneur se veut donner à nous.

Mon Seigneur, la charité & compassion de mes prochains, m’excite aussi à me présenter à vous recevoir, veu que pour le salut des vivans, & repos des trespassez, il n’y a rien de plus grande efficace que l’effusion du sang de Jésus-Christ, & pource, mo[n] Dieu, j’ay intention de prier pour [12-r] nostre Mère saincte Église, & l’ayder par l’offrande & réception de ce sainct Sacrement, pour nostre S. Père le Pape, pour tous Cardinaux, Patriarches, Archevesques, Evesques, & tous Supérieurs & Prélats, & généralement pour tous les degrez de l’Église dessusdicte ; pour les Rois, Princes, Ducs & autres Potentats, pour toutes les Vierges, Vesves, Orphelins, Pélerins, Captifs, malades & affligez ; & aussi pour tous les pécheurs, Payens, Infidèles, Hérétiques & Schismatiques : afin qu’il vous plaise les convertir à vous, & spécialement pour tous nos parens, alliez [12-v], amis bienfaicteurs & familiers, & particulièrement aussi pour nous mesmes, déclarant à Dieu toutes nos nécessitez particulières.
   D’abondant, la loüange que je vous dois, & aux Saincts, m’incite à vous recevoir, veu que ne trouvons moyen plus propre pour vous louanger comme méritez, que par l’immolation & offrande que nous vous faisons de vostre fils unique en ce sainct Sacrement : l’amour et charité très-grande que me portez, m’aiguillonne aussi à me présenter à vous, d’autant mon Dieu, que voicy le Sacrement d’amour, auquel m’[13-r]avez clairement monstré vostre amour, & par lequel m’avez excité à vous rendre amour réciproque, & pource je désire vous recevoir, afin que quand mon âme sera repeuë de ceste viande spirituelle, je vous embrasse joyeusement en mon âme, je ne me sépare jamais de vous, & vous puisse aymer de tout mon cœur.
   Hélas ! mon Dieu, quand sera-ce, que ceste union et conjonction d’amour sera telle que je ne puisse plus supporter vostre absence ? Mon Dieu, venez en moy, & entrez en mon âme.
   L’altération & désir que j’ay d’accroistre l’amour de [13-V] Jesus-Christ en moy, m’excite aussi à me présenter à ceste saincte table, par la fontaine de toutes grâces, d’autant que le Sacrement contient en soy la vive source des dons du S. Esprit & l’autheur de nostre salut vostre cher fils Jesus-Christ.
   A la mienne volonté, que je fusse transformé en tous les cœurs & affections des saincts personnages, pour vous louer & remercier dignement comme le méritez & en estes digne, je me resjouis & complais infiniment en cest exercice.
   Je vous rends grâces infinies, ô mon doux Jesus de ceste excessive charité [14-r] que m’avez monstrée, lors qu’estes descendu du ciel en terre, & avez daigné pour moy estre enveloppé de petits drapeaux, reposer en la creiche & mangeoire des bestes, estre substanté du laict très-savoureux de vostre mère vierge, endurer pauvreté & disette, estre travaillé d’une infinité de douleurs & travaux ; vous avez voulu entre vos angoisses estre arrousé de sang, estre ignominieusement apprehendé, indignement lié comme un larron, condamné injustement, bafoué & decraché, revestu d’une robe blanche, comme fol & insensé ; estre aussi pour moy [14-vJ misérable pécheur, mocqué & vilipe[n]dé, vous avez voulu estre cruellement traicté & déchiqueté de fouëts, & escourgées, couronne d’espines, outrageusement attaché en Croix, inhumainement abreuvé de fiel & vinaigre : c’est à vous, Seigneur que je parle, qui estes le très-admirable Créateur du Ciel & de la terre, vous, dis-je qui gouvernez toutes choses par vostre divine providence, & en la présence de qui toutes choses ne sont rien : cependant je vous laisse tout nud, mesprisé, vilipendé, & affligé de douleurs très-grandes & innombrables. C’est pour moy [15-r] qu’avez esté pe[n]du en Croix, pour moy, dis-je, qu’avez espandu vostre précieux sang pour moy qu’avez enduré une mort tant ignominieuse. HéIas ! mon doux Jesus, mon unique salut, & ma seule espérance, faictes moy la grâce, que je vous puisse aymer d’un amour très fervent, & que je compatisse continuellement en mon intérieur à vos angoisses, par un ressentiment de vos playes & douleurs ; j’embrasse avec le bras de mon âme, vostre Croix très honorable, & pour vostre amour & honneur je la baise & chérys.
   Je salüe dès maintenant [15-v] les rosines de vos playes-8- , qu’avez receuës pour moy, en vos précieux pieds & vénérables mains, & par le moyen desquelles m’avez enregistré au catalogue de vos serviteurs. Je vous salue, je vous salue derechef playes sanglantes de mon Sauveur & Rédempteur Jesus-Christ,& vous supplie me transformer totalement en vous.
   Mon très-honoré Seigneur, je cognoy & confesse devant vostre divine Majesté, que je suis la plus infirme & miserable créature de tout le monde, d’autant que je suis indigne que la terre me soustienne, sur la[16-r]quelle je marche. Je préfère à moy toutes créatures, & pour vostre amour m’assujettis & me constituë serviteur d’icelles. J’embrasse pour l’amour de vous d’une très pure & syncère charité, tous ceux qui m’affligent & persécutent. Le désir extrême que j’ay, mon Dieu, de m’unir à vous, me faict continuellement souspirer après vostre Majesté : affin que par la force & vertu de ceste excessive charité, & très-douce réfection, je sois sanctifié & purifié de toutes soüilleures de vices & péchez. Je désire mo[n] Dieu estre délivré, s’il vous plaist, de tous périls & dan[16-v]gers, & de toutes tentations qui m’esloignent de vous, & estre inséparablement uny à Jesus-Christ, mon Sauveur & Rédempteur, qui a tant enduré pour moy.
   Hélas ! Seigneur Dieu, combien grandes ont esté les douleurs qu’avez souffertes & endurées ? donnez m’en, mon Dieu, vraye compassion & parfaict ressentiment en mon cœur, & en mon âme, afin que je vous puisse parfaictement imiter, & me con former du tout à vous.

   Estant ainsi annichilé devant Dieu-9- & vivifié par Jesus Christ vous vous présenterez à la saincte Communion avec ressentiment très[17-r]-doux de ses playes, & ouverture de vostre cœur en luy, le recevant avec une certaine douceur de cœur, qui ensuivra par transformation de son amour & présence, l’embrassant avec si grande affection qu’il vous sera possible, devisant avec luy familièrement, & disant en ceste sorte & manière.

    Mon Dieu qui estes-vous, & qui suis-je ? vous estes mon bien aymé, vous estes la vie de mo[n] âme, vivifiez moy je vous supplie, afin que je ne vous sois plus desloyal.
   Hélas ! mo[n] Dieu, que je suis fasché & marry de m’estre privé & esloigné de vous.
   [17-v] Une autre fois vous vous esleverez en esprit par très grande affection, disant ainsi.

   Mon Dieu, je vous loüe, je vous adore, je vous rends quinze mille loüanges, je vous rends toute la gloire, que tous les esprits Angéliques vous rendent pour très-grand & très-signalé bénéfice. C’est pour vostre amour mon Dieu, que je renonce à toute iniquité, à toutes les vanitez de ce monde, à tout plaisir désordonné, à toute propre volonté & immortification. Je délaisse & rejette bien loin de moy toutes choses, qui sont au dessous de vous. C’est pour [18-r]quoy je ne me contenteray point de vos dons, & vos grâces, mais je vous veux avoir vous mesme. Je me résigne totalement à vous. Je vous prie que vostre très agréable volonté se face & accomplisse de moy, & en moy en tout temps & éternité. C’est pourquoy je m’offre à vouloir supporter pour vostre divin amour, & pour la gloire de vostre S. Nom toutes injures & ignominies, un vray mespris de moy mesme, toutes sortes de tribulations, douleurs & afflictions. Je m’offre à vous, mon Dieu, pour estre privé s’il vous plaist, de toutes co[n]solations sensibles, si c’est [18-v] vostre saincte volonté. Je ne refuse point pour l’amour de vous, vivre en la mesme pauvreté qu’avez vescu estant en ce monde.
   O mon doux Jesus-10- , je vous supplie maintenant mortifier tout ce qui est en moy, qui vous desplaist : ostez de moy tout vice & imperfection, afin que je me puisse disposer à recevoir vos graces. Ornez, embellissez & enrichissez mon âme des vertus & mérites de vostre saincte humanité. Donnez moy, mon bien aymé Jesus, une profonde humilité de cœur, un mespris de moy mesme, un gra[n]d désir d’estre mesprisé, une [19-r] submission totale aux créatures selon ma condition. Don[n]ez moy, s’il vous plaist les vertus de mansuétude, Patience & Charité, avec parfaicte continence de ma langue, de mes membres, & de tous mes sens. Donnez moy, mon Dieu, une pureté de cœur, une nudité d’esprit & liberté intérieure, pour m’espandre en vous & une introversion essentielle. Conformez mon esprit-11- à vostre humain & bienheureux esprit, en remplissant mon entendement d’une grande cognoissance, & ma mémoire d’une continuelle souvenance de vous, ma volonté d’une très ar[19-v]dante affection vers vostre majesté, mon âme à la vostre très-saincte, par un règlement bien ordonné de ses puissances, mon corps au vostre, qui est sans aucune,tache & souilleure de péché : Esclaircissez mon intérieur-12- de la lumière de vostre divinité, d’autant que je croy que vous estes en moy totalement selon icelle : au moye[n] dequoy, je vous supplie très-humblement regarder désormais par mes yeux, parler par ma langue, & opérer par tous mes sens & membres, les choses qui vous sont plaisantes & agréables. Hélas ! mon Dieu, délivrez-moy, s’il vous plaist [20-r] de tout ce qui empesche ceste très saincte & très parfaicte union, que je prétends faire avec vous.
   Je vous supplie, que par ces très dignes playes, vous me vueillez introduire au nud fonds de mon âme, auquel m’avez créé, me confinant en ce lieu de délices, d’où je me suis retiré, par la corruption du péché : transformez moy, Seigneur, du tout en vous, affin que je ressente s’espandre en moy la veine de ceste eau vive par gra[n]de cognoissance que j’auray de vous ; faictes moy la grâce de vous aymer uniquement, & reposer en vous sans empeschement aucun, [20-v] par une tranquille fruition, à la gloire & honneur de vostre sainct nom.

   Prière à la sacrée Vierge Marie, & à tous les Saincts, pour implorer leur ayde & secours envers Dieu.

   O Très glorieuse Vierge Marie, mère très douce de nostre Seigneur, Jesus-Christ, ma bonne advocate, ayez pitié de moy pauvre & misérable pécheur. O très excellent Lys de la luisante & admirable Trinité-13- , je vous supplie priez pour moy : afin que par vostre moyen j’embrasse d’un parfaict amour vostre cher fils Jesus-Christ, & sois fait une âme selon son cœur.
   [2I-r] Je m’adresse à vous, tous les Saincts & Sainctes de Paradis-14- , & à vous tous bienheureux esprits angéliques, & vous supplie me favoriser, assister, & aider par vos sainctes prières : Priez pour moy, ô fleurs immarcescibles de la patrie céleste : affin qu’à vostre occasion, je complaise à mon bie[n] aymé, & sois du tout selon son cœur : le louant & glorifiant ça bas en terre, ainsi que faictes au Ciel.

   Prière à Jésus-Christ pour toutes les nécessitez de l’Eglise, & celles de nos parens & amis.

   Hélas ! mon très débonnaire Jesus, ayez pitié de moy, faictes miséricorde [21-v] à vostre pauvre Église, ayez pitié de tous ceux pour qui vous avez respandu vostre précieux sang. Convertissez les misérables pécheurs, réduisez à la vérité les mescréans hérétiques, & misérables schismatiques, illuminez les infidèles Payens, qui vous ignorent ; à ce qu’estans tous assemblez en une mesme Église, ils vous loüe[n]t & glorifient. Assistez & favorisez tous ceux qui se so[n]t recommandez à mes prières, ou qui désirent y estre recommandez : Je vous supplie d’accoplir vostre saincte, & très agréable volonté à l’endroit du Père spirituel de mon âme, de tous [22-r] mes Supérieurs, tant spirituels que temporels, de tous mes amis, prochains & bien-faicteurs, en leur eslargissant en ce monde abondance de vos grâces, au moyen desquelles ils se puissent conserver en intégrité et pureté de corps, de cœur & d’esprit. Je vous supplie, Seigneur, faire pardon & miséricorde à tous les vivans, en leur pardonnant toutes les offences qu’ils ont jamais commises contre vous, faictes leur la grâce de se corriger & ame[n]der bien tost. Je vous prie pour les âmes des pauvres trespassez, à ce qu’il vous plaise leur donner en bref [22-v] repos & jouïssance de vostre divine présence & vision béatifique. Je vous offre pour eux vostre très pur & très précieux sang, veu & considéré que toutes mes prières sont de soy inutiles : mais mon Dieu, je les unis & conjoincts aux vostres tres sainctes, & les applique pour satisfaction de leurs debtes. Je vous offre les mérites de vostre très saincte et très sacrée humanité. Je vous offre tout ce qu’il vous a pleu faire et endurer pour nostre salut, estant en ceste valée de pleurs & de misères-15- .
   O Dieu de mon cœur-16- , que de pauvres âmes [23-rl dévoyées du droict chemin de salut, qui les remettra en bonne voye ?
   Ah ! Seigneur de mon âme, que de pécheurs séparez de vous, qui les remettra en grâce avec vous ?
   Hélas ! ces pauvres mondains (ô mon Dieu) ils sont hors de salut.
   Ah ! pauvres Chrestiens, vos serviteurs, vos amis, que de persécutions les pressent, que de malheurs les environnent : Qui donnera remède à tant de maux & oppressions ?
   O pauvre Église (Ah ! Dieu) vostre chère amie et belle Espouse, l’Église, que de persécuteurs l’affligent [23-v], qui luy donnera secours au milieu de ta[n]t de tempestes ?
   Ah ! que de personnes corrompuës, hélas ! en leurs mœurs et façons de vie.
   O ces esprits humains, créez pour jouyr de vous-17- , enquoy cependant se vont ils occupans (amour de mo[n] cœur) qui les inspirera & poussera une fois à bien faire ?
   Hé (mon amour & tout mon bien) qui donnera repos à ces pauvres âmes, qui souffrent & endurent tant de peines ?

Prernier acte.

   O Seigneur très pitoyable : que de nécessiteux & de nécessitez ne [24-r] voyez vous pas toutes les misères du monde ?

Second acte.

   O vous donc qui cognoissez toutes choses, en qui se meut tout ho[m]me, en qui toute créature a vie, qui sondez les cœurs, & pénétrez les reins de tous, sans qui nulle créature peut subsister en son estre, de qui dépendent toutes choses comme d’un filet entre les mains de qui sont nos te[m]ps, nos aages, & nos advantures ! nostre bien, nostre salut, qui ne pouvons rien sans vous, qui cognoissez fort bien toutes les nécessitez de vos créatures raisonnables, subvenez à tous, pourvoyez [24-v] à tous, donnez vostre grâce à tous : Tous vous réclament : tous vous invoquent, pour tous je vous supplie exaucez moy. O Dieu de mon cœur, & vie de mon âme, souvenez vous de vos créatures, & leur faictes miséricorde
   O Seigneur des Seigneurs, Seigneur & Roy des vertus, faictes pleuvoir vos grâces sur les humains, tant desvoyez du droict chemin.
   O ! ne permettez que ceux qu’avez faits à vostre image & semblance, périssent éternellement.
   O vie de mon âme, ô lurnière de mes yeux, voyez je vous prie les misères, considérez [25-r] les pauvretéz de ce misérable siecle.
   O ! subvenez à tous, vous qui estes le père de tous; & Rédempteur de tous.
   Ah ! ces aveugles du monde & ces pauvres endurcis, convertissez les Seigneur, & ils se convertiront.
   Touchez, touchez vivement leurs cœurs, ô mon amour Jesus, par vostre prévenante grâce.
   Frappez, mon Dieu, frappez à la porte de leur conscience, & faictes vous entendre.
   Sonnez à leurs oreilles, & tonnez si puissamment dans l’air de leur esprit par vostre crainte, qu’il leur [25-v] vienne envie de quitter leurs péchez.
   O mon Dieu, mon amour & mon cher espoux, quand sera-ce qu’aurez pitié de vostre peuple si affligé ?
   O quand sera-ce que vous donnerez paix à vostre Église ?
   O ! conservez les deffenseurs de vostre Église. O ! aydez aux Catholiques : Hé mon cœur, mon amour, & mon tout, nous délaisserez vous en fin ? ah ! ne nous abandonnez point.
   O s’il vous plaisoit donner victoire aux amateurs de vostre S. nom, contre les ennemys de vostre gloire.
   A ! Seigneur, hé ! jusques [26-r] à quand différerez vous vostre ayde, vostre secours, vos grâces, & vos dons à ceux qui vous en prient ?
   Jusques à quand vous oublirez vous de nous ?
   Jusques à quand repousserez vous nos oraisons ?
   Jusques à quand serez vous ainsi inexorable ?
   Nos cris & nos désirs ne seront-ils point ouys en vostre sale d’amour ?
   Ah Dieu ! les impies & perfides huguenots, jusques à quand régneront-ils ?
   Paix Seigneur, paix à votre peuple, faictes cesser les deshoneurs qu’on vous fait.
   Faictes que les hipocrites soient confus, vostre pa[26-v]tience les supportera elle tousjours si longtemps ?
   O Père de miséricorde, regardez en patience vos enfans.
   O mon bien aymé Seigneur, mon Dieu, tant de bien faicteurs, avec tant d’aumosnes, dictes moy ie vous prie, se damneront-ils ?
   N’aurez-vous point pitié d’eux en leurs afflictions & au poinct de leur mort ?
   Ah, ah, ah, Seigneur très pitoyable, ne les abandonnez pas.
   Vous estes le commencement & la fin de toutes choses, vous estes l’éternel, l’immense & l’infiny, vous environnez tout, vous em[27-r]brassez tout l’univers, toute créature est enclose & enfermée dans la sphère de vostre éternité.
   Nulle créature est invisible en vostre présence, vous cognoissez fort bien tous les enfans des hommes, rien aussi ne vous est caché.
   Toutes choses vous sont nuës, patentes & descouvertes, aydez donc à un chacun, selon vostre bon plaisir en leur nécessité, par vostre infinie bonté, & excessif amour.
   Aydez, ô Dieu d’amour, tres digne d’estre aymé, aydez à vos serviteurs, faictes vous chérir & aymer par dessus tout de vos espouses.
   [27-v] 0 miroir sans tache, sple[n]deur de la gloire éternelle, Verbe amoureux, mon doux Jesus, exemplaire du père, image de la bonté de Dieu, idée éternelle de toutes choses, en qui reluisent & paroissent toutes créatures, en qui se voyent & contemplent tous les hommes, ne voyez vous pas toutes leurs nécessitez ? ne secourez vous pas aussi à tous ?
   O vous donateur libéral de tous biens, sans reproche quelconque, desnierez vous vos grâces à ceux qui si instament les vous demande[n]t ?
   Amour sans fin, donnez vous, & nous aurons tout.
   O Dieu des Cieux, Prince [28-r] de tous les Roys de la terre, qui estes partout sans estre estendu, qui remplissez tout, ciel & terre par vostre immensité, sans y estre enfermé, outre passant tout, qui sçavez tout, sans en estre plus sçavant, qui ne pouvez estre fuy d’aucune de vos créatures, en aucune part du monde, ny hors iceluy : faictes miséricorde à ceux qui sont bien loin, & à ceux qui sont bien près.
   Pax iis qui prope, & Pax iis qui longe.
   Et à tous ceux qui spécialeme[n]t m’ont prié de prosterner leurs prières, & d’espandre leurs vœux & désirs, & présenter leurs nécessi[28-v]tez en vostre présence.
   Amour, départissez leur vos dons.
   Ainsi soit-il, mon bien aymé, mon Seigneur, mon Dieu, tout mon bien.

   Exercice auquel est discouru de l’excellence de nostre âme, par manière de soliloque & contenuë une ample action de grace des bénéfices receus de Dieu.

   O Seigneur mon Dieu, qui suis-je pauvre misérable & indigne créature, qui prens la hardiesse de me présenter devant une tant haute & admirable majesté ?
   Je confesse, Seigneur, que je suis indigne que la terre me soustienne : Et qui plus [29-r] est, je m’estonne co[m]me toutes les créatures insensibles qui m’environnent ne s’eslèvent à l’encontre de moy, pour prendre vengeance d’une infinité d’offences très grandes & très griefves que j’ay commises tant d’années contre vous.
   Mais hélas ! Seigneur, c’est vostre bénignité qui me supporte, vostre bonté qui me tolère, & vostre amour qui ne peut permettre la perte de mon âme, à raison qu’elle est créée à vostre image & semblance.
   Donc, mon Dieu, si tant est que j’aye receu une si grande abondance de biens, n’ay-je pas occasion de ren[29-v]trer en moy mesme, pour considérer, contempler & admirer les grands bénéfices dont je jouys, & particulièrement en ce que non content de m’avoir donné l’estre, par le moyen duquel je suis vestige du Créateur, ce qui est propre à toute créature, m’avez en outre faict à vostre image, ce qui n’appartient qu’à la créature rai sonnable.
   Je vous rends donc, Seigneur, quinze mille louanges, quinze mille grâces, & quinze mille bénédictions, de ce qu’il vous a pleu me créer à vostre image & semblance, m’embellir & enrichir de vostre similitude, [30-r] me faire participer de raison, & me rendre capable de la béatitude éternelle.
   Mais hélas ! Seigneur, vostre bonté n’a pas esté contente ny satisfaicte, de la communication de ces do[n]s, encores qu’ils fussent très grands & tres excellens, ains avec iceux vous m’avez do[n]né une nature immortelle, une substance incorruptible, une durée interminable, & une vie perpétuelle.
   Regarde donc, mon âme, comme ce bon Dieu, ton Seigneurr ton Créateur, & tout ton bien apres cet estre, t’a donné un estre perpétuel, & après iceluy, la vie, le sentiment & juge[30-v]ment, & comme il t’a enrichy de tous les sens tant intérieurs qu’extérieurs, te donnant en outre un entendement, avec lequel tu peux contempler, combien il est incompréhensible en soy, entant qu’il est le commencement, & la fin de toutes choses, combien il est désirable aux Anges, entant qu’ils désirent tousjours avoir l’œil fiché en luy, co[m]bien il est délectable aux Saincts veu qu’ils se délectent continuellement en luy : combien admirable à toute créature, en ce qu’avec sa toute puissance, il a créé toutes choses, avec sa sagesse il les gouverne, & avec [3l-r.] sa bénignité il en dispose, selon qu’il trouve expédie[n]t. Te donnant au surplus une volonté, pour le pouvoir aymer, & tout ce qui depe[n]t de luy, avec laquelle mesme tu peux estre continuellement transformée en luy : chose que tu dois d’autant plus désirer, & à laquelle tu peux plus efficacement aspirer, que plus il désire luy mesme se donner à toy, & t’unir à soy par amour.
   Une mémoire, pour le pouvoir tellement porter en toy, que tu ne l’oublie jamais. Regarde do[n]c sa beauté-18- affin que tu cognoisse quelle est la beauté que tu dois aymer, puis que tu as [31-v] un espoux si beau, si excellent, si noble & parfaict. Que si tu ne doutois aucunement de ses perfections, tu cognoistrois incontine[n]t, qu’il est le plus beau de tous les enfans des hommes, le plus excellent de toutes les créatures, le plus noble de tous ; & le plus parfaict que n’ont esté & ne seront jamais les Anges.
   Considère en outre ta dignité admirable, puis que tu es d’une si grande simplicité, que si tu veux, rien ne pourra entrer en ton esprit, rien, dis-je, ne pourra habiter ny demeurer en toy, que la simplicité & pureté de la très-saincte Trinité : car [32-r] Dieu est plus intimement au plus pur de ton esprit, que n’est le plus secret de ce qui est au dedans de toy-19- .
   Resjouy-toy donc, ô mon âme, de ce que tu peux estre l’hostesse d’un si noble & si excellent hoste. Lave toy, purifie toy, nettoye toy, & dechasse bien loing de ton cœur par vraye contrition & desplaisance, toute soüilleure d’iniquité, & macule de péché, affin de te disposer à recevoir ce Seigneur qui habite dans toy, l’hoste duquel n’a besoin d’aucune chose, d’autant qu’il contient en soy l’autheur de toutes choses. Dy moy donc, ô mon âme, ne seras[32-v]-tu pas bienheureuse, si tu peux une fois trouver repos avec ton Dieu, & dire en vérité : celuy qui m’a créé a pris repos en mo[n] tabernacle.
   O mon âme, dy moy derechef, ne t’estimerois tu pas trop avare-20- , si la présence d’un si noble Seigneur, & d’un tel hoste n’estoit suffisante pour te contenter, puisque tu sçais qu’il est si libéral, qu’il ne manquera à te communiquer abondance de ses biens & qu’il t’enrichira d’une infinité de ses dons ?
   Hélas ! dis-je, ce ne seroit pas chose co[n]venable à vous, mon Dieu, & mon Seigneur, qui estes un si noble Prince [33-r], de laisser pauvres & indigens les hostes par où vous passez au moyen de quoy je propose & délibère vouloir tellement disposer mon âme à vous recevoir, qui estes mon Prince, mon Roy, mon Créateur & mon Sauveur, par un retranchement de mes imperfections, que je veux que tout mon intérieur se délecte & resjouysse seulement en vous, puis que vous estes celuy, duquel la beauté sur passe toutes beautez, & est admirable par dessus celle du Soleil & de la Lune, la grandeur duquel est honorée au ciel & en terre, de la sapience duquel toutes [33-v] les troupes des esprits célestes sont illuminées, de la clémece & douceur duquel les Collèges des bien-heureux so[n]t enyvrez & rassasiez.
   Faites moy donc la grâce, mon bien-aymé Seigneur, que je vous puisse aymer, par les mérites de vostre saincte Mère & de tous les chœurs des Anges, ensemble de tous vos Saincts & esleus, afin de vous pouvoir loüer, bénir, aymer, & embrasser de tout mon cœur : Car c’est tout ce que je désire, je recherche, je demande, & prétends obtenir, vous offrant toutes mes actions & intentions à ceste fin.
   Considère donc, ô mon [34-r] âme, un autre bénéfice & recognois comme ton intérieur est de si grande capacité, que nulle créature est suffisante pour rassasier le moindre de ses désirs, puisque toute joye, suavité & douceur, toute puissance, dis je, & toute richesse des choses créées, peuvent bien affectionner & esmouvoir ton cœur, mais elles ne le peuvent rassasier.
   D’avantage, considère la grande puissance que Dieu t’a donnée sur toutes créatures : Et tu recognoistras qu’elle est, à la vérité, très admirable. Regarde, dis-je, attentivement, & tu verras comme ton Créateur a esta[34-v]bly & ordonné toute la machine de ce monde pour ton service & utilité, puis que voila les Anges, qui purgent & enflambent ton affection, illuminent et informent ton entendement ; combien, dis-je, est grande ceste dignité & excellence, que tu ayes de tels Docteurs consolateurs & conservateurs ? Pleust à Dieu que tu peusses voir avec combien grande joye & allégresse ils se rendent propices à ceux qui prient, ils assistent à ceux qui méditent, avec combien gra[n]d soin ils nous conservent, & avec co[m]bien grand désir ils entendent à nostre salut. Mais ce n’est [35-r] pas tout ; car voila le Ciel qui te sert par son mouvement, les lumières d’iceluy par leur influence, le Soleil t’esclaire de jour, la Lune illumine la nuict, le feu tempère la froidure de l’air, l’eau nettoye la puanteur, adoucit ton ardeur & rend fertile la rigueur de la terre, qui te soustient par sa solidité, te récrée par sa fertilité, & te délecte par sa beauté.
   Pour tant de bénéfices, Seigneur, que vous avez faicts à mon âme, & à toutes vos créatures, je vous remercie infiniment, & les invite à ce faire, & voici que je m’offre à vostre service en temps & éternité [35-v], vous suppliant autant qu’il m’est possible, avoir agréable ceste offrande, encore qu’elle procède d’un cœur froid, négligent & tepide.

   Exercice pour remercier aussi Dieu des grâces & bénéfices receus de sa Majesté, qu’on pourra practiquer après Matines, ou en autre temps plus commode.

   O Dieu Tout-puissant, Createur du Ciel & de la terre, qui estes ma vie, tout mon bien, & ma félicité : Voicy comme moy pauvre misérable, & indigne créature, prens la hardiesse de me presenter deva[n]t vostre divine Majesté, encore que je cognoisse que [36-r] j’en sois plus indigne que les vermisseaux de la terre, à cause de mes iniquitéz, désirant de tout mon coeur vous rendre infinies louanges & bénédictions. Mais d’autant que je ne le puis faire dignement, je vous offre tous les merites & vertus de tous les Anges, de tous les Saincts, & de tous les hommes vertueux, comme aussi ceux de vostre bien-aymé fils pour toutes les miséricordes, grâces, dons & bénéfices que m’avez eslargy depuis que je suis né jusques à présent.
   Et particulièrement mon Dieu, je vous rends quinze mille graces, louanges [36-v] & bénédictions, de ce qu’il vous a pleu par vostre seule bonté & charité me créer à vostre image & semblance.
   Je vous remercie, dis-je, infiniment de ce qu’il a pleu à vostre divine majesté, créer toutes les créatures pour mon usage & service, que depuis le commencement de ma vie, jusques à ceste heure, vous m’avez nourry & conservé, tant en mon corps, qu’en mon âme, que m’avez retiré & délivré de tant de périls & dangers, esquels j’eusse esté précipité, sans vostre grâce & faveur ; que me veautrant en péchez tant griefs & énormes, vous m’avez tolé[37-r]ré par tant d’années, encor que, hélas ! je ne méritasse telle grâce aucunement, & ne m’avez point condamné en mes meschancetez, comme plusieurs qui vous ont beaucoup moins offencé que moy : Mais au contraire faisant le sourd, m’avez par tant de diverses manières & inspirations, adverty de mon salut surmontant en cela ma malice, par vostre excessive bonté & miséricorde.
   Je vous remercie, dis-je, ô mon bien-aymé, de ce qu’il vous a pleu me racheter avec le prix de vostre sang, en endurant tant de tourmens, pour satisfaction de mes pé[37-v]chez, lesquels je n’ay fait aucune difficulté perpetrer & commettre, encore que je cogneusse, qu’ils vous estoient des-agréables, & me privoient de vostre grâce.
   Je vous rends en outre quinze milles loüanges, grâces & bénédictions, pour ce grand bénéfice de vocation, m’appelant à ceste saincte religion, & me donnant en icelle tant d’occasions de vivre sainctement. Et particulièrement de ce que jusques à maintenant vous n’avez cesse de me bie[n] faire, encore que je me sois monstre très-ingrat, par un mespris que j’ay faict de ta[n]t de grâces & faveurs, & mes[38-r]me j en vous offençant griefvement.

   L’on pourra icy continuer l’action de grâces, en spécifiant les particuliers bénéfices qu’on a receus, remerciant Dieu aussi des grâces qu’il a faict à nostre Dame & à tous les Saincts, & principalement aux Saincts nos patrons & advocats le jour qu’on fera feste d’iceux.
    Il faut aussi particulariser l’action de grâce, pour ce qu’il nous a la nuit préservez de beaucoup de péchez, & de ce qu’il nous a maintenus en sa presence pour le louer durant Matines.

   Hélas ! Seigneur, que vous donneray-je pour retour, & récompense de tant de bie[n]s & faveurs, moy qui suis si [38-v] pauvre, si nud & despoüillé de tous bie[n]s ? Je ne sçay, Seigneur, que vous rendre, sinon ce que vous m’avez donné, mon corps, mon âme & ma volonté, & tout ce que je suis ; Je vous offre, dis-je, mon corps avec tous ses membres, & tous ses sens extérieurs, affin qu’il vous plaise les contraindre à une obédience parfaicte, selon ma puissance, en tout ce que le S. Esprit recherche & demande d’iceux, & spécialement à une parfaicte mortification de tous leurs actes naturels, qui me pourroient divertir de parvenir à cet amour, duquel je vous désire aymer de tout mon cœur : à [39-r] un retranchement de tous plaisirs sensuels, par lesquels mon cœur pourroit estre souillé, encore que ce soit chose petite.

   Comme seroit à dire quelque parole oyseuse, vaine co[m]pagnie, curiosité, oysiveté & légereté.

    Je vous offre, dis-je, mes appétits, avec un retrancheme[n]t de toutes leurs passio[n]s, comme d’amour désordonné, désir desreiglé tristesse démesurée, vaine espérance, vaine joye, hardiesse téméraire, & courroux non nécessaire, avec tous les mouvemens procédans d’icelles, me délibérant les réfréner tellement, & ordonner selon vostre volonté, [39-v] que je ne leur permettray aucunement de régner en moy pour autre fin.
   Je vous offre, ô Seigneur mon Dieu, mon âme, avec toutes ses puissances, en les occupant tellement aux méditations & considérations, de tout ce qui peut me conduire à vostre cognoissance & amour, que je ne les permettray aucunement divertir d’icelle.
   Je vous offre, Seigneur, en particulier, ma volonté, à raison de la cognoissance que j’ay, que jusqu’à maintenant j’ay très mal fait mo[n] devoir de l’employer à embrasser vostre sainct service, ce qui me donne grande [40-r] crainte & frayeur. Il me desplait infiniment Seigneur, de ce que je ne suis pas résigné à vo[us], jusques à la mort. Et pour ce maintenant je me mets du tout à vostre saincte garde & protection : afin que ma volonté soit du tout & par tout conforme à la vostre, & me délibère prendre de bon cœur de vostre main très libérale, tout ce qu’il vous plaira m’envoyer, soit consolation ou affliction, santé, ou maladie, la mort ou la vie, & tout autre semblable chose. Et pour ce je renonce dès ceste heure, en telle sorte à ma propre volonté que je n’en veux point avoir en façon quelconque.
   [40-v] Seigneur, voicy comme derechef je la prens pour vostre amour, & m’en despouille totalement, la sousmettant de telle façon à la volonté de mon Supérieur, & Père spirituel, que je ne veux permettre en moy aucune pensée, que je cognoisse leur estre des-agréable, & veux estre tellement sousmis à eux, que je ne puisse rien faire contre leur volonté. Amen.

LITANIE DE JESUS-CHRIST
nostre Sauveur.

   Seigneur, ayez pitié de nous.
   Jesus-Christ ayez compassion de nous.
   Seigneur ayez pitié de nous.
   Jesus-Christ, oyez nous.
   Jesus-Christ, exaucez nous.
   Père des Cieu, ô Dieu ! avez pitié de nous.
   Fils Rédempteur du rno[n]de, ô Dieu ! ayez pitié de nous.

LITANIE DE LA SACRÉE VIERGE MARIE

   soyons faicts dignes des promesses de Jesus-Christ.

Prière de l’Eglise.

   Seigneur Dieu, nous vous supplions octroyer que nous vos serviteurs, jouïssions de la santé perpétuelle de l’esprit & du corps, & que par la glorieuse intercession de la bien heureuse Marie, tousjours Vierge, nous soyons délivrez de la présente tristesse, & ayons fruition de la joye éternelle.
   Par Jésus-Christ nostre Seigneur.

FIN

 

Prière pour le Roy.

[47-r] 1. Le Seigneur te vueille exaucer au temps de tribulation : le nom du Dieu de Jacob te défende.

2. Qu’il t’envoye son secours de son sainct lieu : & de Sion il te maintienne.

3. Qu’il ait mémoire de toutes tes oblations, & ton holocauste soit gras, & consommé devant ses yeux.

4. Il te vueille octroyer le désir de ton âme, & conduire à bonne fin tes entreprises.

5. Nous nous esjouirons de ton salut, & serons magnifiez au nom de nostre Dieu.

[47-v] 6. Le Seigneur vueille accomplir toutes tes demandes: je cognois desja que le Seigneur a sauvé celuy qu’il a oinct pour Roy.

7. Il l’exaucera de son sainct Ciel : le salut est en la force de sa dextre.

8. Les uns se fient en leurs chariots de guerre, les autres en leurs chevaux : mais nous invoquerons le Nom de nostre Dieu.

9. Ceux là se sont empestrez & sont tombez, mais nous avons esté relevez & redressez.

10. Seigneur sauve le Roy, & nous exauce au jour que nous t’invoquerons.

Oraison.

[48-r] 0 Dieu seul, Seigneur & Dominateur de tout l’Univers, Créateur du ciel & de la terre, qui avez commandé d’obeyr à ceux que vous nous avez donnez pour supérieurs & gouverneurs, qu’il vous plaise estendre vostre grâce & bénédiction sur nostre Roy, nous le préservant de tout mal & danger, luy donnant longue & heureuse vie, & la victoire de tous ses ennemis, avec un règne paisible & un peuple obeyssant, à ce que vivans sous luy & ses Magistrats en bonne paix en vo[48-v]stre crainte & sauve-garde, nous vous puissions servir, loüer & honorer tous les jours de nostre vie, par Jesus Christ vostre Fils bien aymé nostre Sauveur & Rédempteur. Ainsi soit-il.

Approbation des Docteurs.

   Nous souz signez Docteurs en la saincte Faculté de Théologie de l’Université de Paris, certifions avoir leu & veu, les Exercices de la bien-heureuse soeur MARIE DE L’INCARNATION contenus en ce Livret, en lesquels n’avons rien trouvé qui ne soit utile à toutes ames qui désirent ensuyvre sa bonne vie.

   En tesmoin de quoy avons icy mis nos sings, ce 26 Juillet mil six cens vingt et deux. A Paris.

A. SOTO
F. MAURICE BRACHET
de l’ordre des Frères Prescheurs.

Privilège du Roy.

LOUIS par la grâce de Dieu Roy de France & de Navarre, A nos amez & feaux Conseillers les gens tenans nos Cours des Parlemens de Paris, Tholouse, Roüen, Bordeaux, Dijon, Aix, Grenoble, Baillifs, Seneschaux, Prevosts desdits lieux ou leurs Lieutenans & autres nos Justiciers & Officiers qu’il appartiendra, Salut. Nostre cher & bien-aimé DENYS MOREAU Marchand Libraire de nostre Ville de Paris, Nous a fait dire & remonstrer qu’il désire faire imprimer un livre intitulé, Les vrays exercices de la bien-heureuse sœur Marie de l’Incarnation composez par elle mesme. Et après nous avoir faict apparoistre les Approbations signées des Docteurs A. Soto, & F. Maurice Brachet de l’Ordre des Frères Prescheurs. Nous à ces causes désirans gratifier ledit Moreau, & empescher qu’il ne soit privé de son travail & labeur, Vous mandons, ordonnons & enjoignons par ces présentes, comme nous avons permis, & permettons de grâce spéciale audit Moreau, qu’il face imprimer, vendre & débiter tant de fois que bon luy semblera ledit Livre, pendant le te[m]ps de six ans entiers & consécutifs, à compter du jour & datte que ledit Livre sera achevé d’imprimer. Faisant pour cet effet très expresses inhibitions & deffences à tous Marchands Libraires & Imprimeurs de nostre Royaume, de n’imprimer ou faire ledit Livret, ny l’exposer en vente sans expres congé & permission dudit Moreau, ou de ceux qui auront droict de luy, sur peine de mille livres d’amende, applicable moitié à nous & l’autre, moictié audit supliant, confiscation des exemplaires qui sero[n]t trouvez avoir esté mis en vente contre la teneur des présentes, lesquels seront saisis et mis en nostre main par le premier de nos Juges, Officiers, Huissiers & Sergens sur ce requis, luy monstrant les présentes ou copies d’icelles deuëment collationnées : ausquels donnons pouvoir, commission & com mandement spécial de procéder à l’encontre de tous ceux qui y contreviendront par toutes voyes deuës & raisonnables : nonobstant opposition ou appellations quelconques, clameur de harault, chartre normande, prise à partie, & toutes autres lettres à ce contraires, ausquelles nous avons desrogé & desrogeons par ces présentes ; Et parce que d’icelles ledit suppliant pourra avoir affaire en plusieurs & divers endroits, Nous voulo[n]s qu’au vidimus d’icelles, faict sur le scel royal ou par l’un de nos amez & feaux Conseillers Notaires, & Secrétaires, foy soit adjoustée come au présent Original: & en metta[n]t un brief extrait d’icelles au commencemet[n] ou à la fin de chacun exemplaire, il soit tenu pour bien & deuëment signifié, & co[m]me si c’estoit l’original, afin qu’aucun n’en prétende cause d’ignorance. Car tel est nostre plaisir. Donné a Paris le vingtième jour de Juillet, l’an de grâce 1622.
Signé, Par le Conseil.
FISSEUL.

POSTFACE

   « A vaillants coeurs, rien 1’impossible. » La fière devise du courageux ancêtre de Barbe Acarie, il faut que nous la rappelions avant de nommer ici les artisans de ce livre. N’ayant que des moyens, rares toujours, pauvres parfois—si l’on ose lire, ils sont parvenus à vaincre des difficultés exceptionnelles. Harcelés par notre désir, ils ont dominé la matière. A chacun d’eux, grands et petits, va notre reconnaissance. Les héliogravures sont l’œuvre des Fils de Victor Michel à Paris. Mario Prassinos a dessiné la couverture.
   Après le longs mois d’attente, « la belle Acarie » sortant des presses de la Société d’Impressions Littéraires, Industrielles et Commerciales, dirigée par Monsieur Auguste Fichelle, à Lille, verra le jour en l’an du Seigneur MCMXLII.

début de page

Notes :

-1-Nous donnons entre crochets la pagination du livret de 1623, en bas de page l’indication des textes parallèles des autres rédactions prises dans Duval et Boucher. En bas de page également les fragments d’auteurs spirituels qu’on semble avoir utilisés. — Nous rappelons que les explications proposées en note reposent le plus souvent sur des hypothèses. — Nous avons respecté le vieux francais et seulement mis des accents.

-2-La première page, depuis « Hélas mon Dieu », jusqu’à « Je m’offre et résigne à estre privé » est à l’usage d’une âme qui a expérimenté sa misère et s’est trouvée particulièrement exposée. Tandis que le début de l’Exercice pour la Communion (Val., 353) est écrit pour une âme neuve qui cherche la volonté de Dieu sur elle :
   « Et premièrement devant la communion vous prierez en cette sorte : O mon Dieu & mon tout, voicy que je veux estre un instrument de vostre Maiesté, ie reconnois que tout ce que ie pourray faire iusques à la mort n’est rien; c’est pourquoy ie vous supplie de tout mon cœur de vous glorifier par moy, de vous honorer par moy, selon que vous trouverez plus expédient, & en la manière que rechercherez.
   Icy, ma fille, vous attendrez l’inspiration ou l’action de ce souverain Seigneur, le regardant quelquesfois, ou l’escoutant vous inviterà le regarder; & puis vous direz, Hélas ! mon bien aimé, si vous voulez que ie vous regarde, regardez-moi premièrement par vostre esprit; attirez le mien, qui est si indigne de vostre présence que je ne vous l’ose présenter; c’est pourquoy ie me tiens icy avec une profonde reverence, & une très grande reconnoissance de mon propre néant; ie ne suis rien, ie ne puis rien, ie ne say rien; c’est pourquoy ie vous supplie ne me laisser point icy seule ignorante, & méconnoissante de tant de graces & benefices qu’il vous a pleu me communiquer » (Val., 353). Ces lignes, complétées par ce conseil de la Bienheureuse: « Elle advertissait... sa fille de ne prendre qu’une de ses aspirations à la fois (Val., 357), montrent bien qu’elle avait écrit pour Marie un « formulaire d’oraison » (ibid.).
   Dans l’un comme dans l’autre de ces deux textes, I’âme doit s’humilier et s’offrir, mais dans les « Vrays Exercices » il y a en plus la nuance d’un retour à Dieu (Voir plus bas note 2).
   On peut supposer que l’éditeur du livret a utilisé, de préférence à la première page de l’Exercice pour Marie, un autre feuillet de la Bienheureuse adapté à un plus grand nombre d’âmes.

-3-Depuis « Je m’offre et résigne » jusqu’à « vous le connaissez beaucoup mieux que moi », le texte suit celui de l’Exercice pour la communion avec quelques variantes; afin qu’on puisse juger de leur peu d’importance, nous donnons ici ce passage de Duval: « Je m’offre à vous et me résigne pour estre par vostre amour totalement privée de toutes consolations sensibles, qui ne sont necessaires à mon salut, à supporter volontairement toutes sortes d’adversitez, maladies, confusions, peines, tribulations, pressures de cœur & generalement tout ce qu’il vous plaira m’envoyer en temps & en éternité; neantmoins, mon Dieu, je suis tout à vous; c’est pourquoy je prendray la hardiesse de vous demander non seulement vos dons et vos graces, mais aussi vous mesme, & specialement en la réception de vostre precieux corps & sang, lequel je désire recevoir pour estre plus parfaictement conjointe & unie à vous. Hélas ! mon Dieu,; & mon Seigneur, comme est-ce que mes pechez m’en rendent indigne, vous le connoissez mieux que moy » (Val., 353-354).

-4-Cf. Val., 354 : « Néantmoins mon Dieu ». La variante « maintenant » semble une allusion à une conversion.

-5-Suivent cinq actes de contrition. Duval les mentionne sans les donner (Val. 354): « Et après l’avoir advertie de faire une récollection de ses fautes et imperfections, elle luy donne la forme de produire des actes de contrition. Après lesquels (car je serais trop long de les rapporter par le menu) elle l’exhorte de dire « Voici mon Dieu » etc...

-6-Cf. Val., 354 : « Voicy mon Dieu, que je prends tous mes pechez, negligences, ingratitudes, & autres desordres qui sont en moy innumerables, & les mets dedans vos tres-honorées playes, pour estre perdues & aneanties. Je les jette (mon bien-aimé) dedans le feu admirable de vostre amour, afin qu’il vous plaise les consommer & aneantir.
   Cf. Louis de Blois (Jb.,I, 211) : « Toutes mes iniquités, mes négligences et mes immortifications, je les mets dans vos très chères blessures et je les jette dans l’abîme de votre miséricorde et de vos mérites ».

-7-De la page 11 r. à la page 17 r. Ie texte est parallèle à celui que donne Boucher d’après deux feuilles autographes communiquées par le Carmel d’Orléans (Bou., 503-505)

-8-Cf. Louis de Blois (Jb., I, 209): «Voici, mon Bien-Aimé, vos Plaies empourprées et si aimables; je les salue et les vénère. Salut, salut, Blessures vermeilles et salutaires de mon Seigneur ! »

-9-De la page 17 r. à la page 19 v. le texte est constitué avec quelques variantes par l’écrit fait pour Thérèse du Saint-Sacrement d’Amiens (Cf. Val., 358-359).

-10-« O mon doux Jésus... » jusqu’à « Donnez-moi mon Dieu une pureté de cœur », ne se trouve pas dans Duval.

-11-Il convient de souligner que ce passage: « Conformez mon esprit » jusqu’à « sans aucune tache de péché » se trouvant dans Duval témoigne chez la Bienheureuse elle-même d’une réminiscence de quelqu’auteur flamand, Cf. vg. la « Perle Évangélique » (Jl., Mai 3I [100] et passim).

-12-Le texte: « Eclaircissez mon intérieur » jusqu’à « à la gloire et l’honneur de votre nom » ne se trouve pas dans Duval et Boucher.

-13-Cf. Louis de Blois (Jb., 1, 155) : « Salut ô Marie... lys éclatant de la resplendissante Trinité, rose printanière d’un charme céleste »... Et : « Je vous salue, blanc lis de la brillante et toujours tranquille Trinité ; rose éclatante qui ravissez le ciel » (Ger., T. I, L. III, XIX, 205).

-14-Cf. Louis de Blois (Jb., 1, 178) : « Salut à vous tous, Saints et Saintes de Dieu, qui possédez l’éternelle béatitude... Salut, Esprits angéliques... Vous êtes les fleurs toujours fraiches du ciel, l’ornement merveilleux de la céleste Jérusalem ».

-15-Cf. Bou., 505-506. Suivent dans Duval et Boucher des textes qui ne se trouvent pas dans les « Vrays Exercices » :
   « O très sainte et admirable Trinité, enseignez-moi de faire votre sainte volonté ; dressez-moi à l’accomplissement d’icelle et m’y aidez car j’ai mis toute mon espérance en vous » (Bou., 506).
   « Je vous supplie, o mon Dieu, que vous-mesme, estant en moy, opériez ces louanges et bénédictions en une manière très parfaite ; d’autant que si j’avois en moy l’amour de toutes les creatures, je les convertirois tout à vous, vous estant mon Dieu, mon Seigneur, mon principe ; & que c’est mon plaisir & ma délectation de vous aimer de tout mon cœur, & de toutes les puissances de mon âme. Vous êtes une abysme de douceur souverainement plaisante, & souverainement desirable ; vous estes ma plaisante lumière, & l’unique joye de mon âme ; que je vous embrasse, vous qui estes un torrent de plaisirs inestimables, & une mer de joye ineffable ; vous estes mon Seigneur & mon Dieu, toute ma suffisance & ma capacité ; c’est pourquoy je ne desire posseder autre chose que vous, qui estes le seul bien repos, & consolations de mon ame. O mon Dieu, tirez moy à vous, pour me brusler de ce feu tres-ardent de vostre amour, dans lequel je sois toute consormmée & anéantie ». Et après elle poursuit :
   O plus qu’admirable puissance, sapience, & bonté de mon Seigneur, & mon Dieu, à la mienne volonté que je peusse de chaque creature faire une ame, & de chaque ame, & specialement de la mienne, vous bastir un royaume des cieux, dedans lequel vous peussiez avoir joye & paix, en contreschange de toutes les douleurs & tristesses que vous avez endurées pour moy. Ouvrez moy (je vous supplie) les grandes richesses de vostre divinité, plus qu’admirable, & m’y cachez dedans vous, à ce que je ne puisse jamais estre trouvée d’aucune creature » (Val., 350-357. Cf. Bou., 506-507).
   Boucher donne en plus les textes suivants :
   « Ouvrez, mon bien-aimé Jésus, les portes de votre amour, à cette fin que je désire en jouir pour vous complaire. Plongez-moi, doux Jésus, dans l’abyme de votre divinité, et m’absorbez en icelle ; faites-moi un même esprit avec vous, afin que vous puissiez prendre votre plaisir en moi, et que je puisse demeurer éternellement en vous. Ainsi soit-il ».
   « O plus qu’admirable puissance, sapience et bonté de mon Seigneur & mon Dieu, quand sera-ce que vous me transformerez toute en Vous ? Car il vous est encore plus facile de m’absorber, qu’il ne l’est à la mer d’absorber une goutte d’eau » (Bou., 507).
   Ces deux passages de Boucher proviennent-ils des feuilles autographes qu’il a eues entre les mains ? Ou plutôt les deux feuilles autographes ne comportent-elles pas des pages employées par Duval, dont il a laissé tomber une partie ? Boucher en les retrouvant a tout donné.

-16-A partir de cette aspiration jusqu’à l’ « Exercice auquel est discouru de l’excellence de notre âme » (23 r. à 28 v.), cf. Bou., 508-510 d’après deux feuilles autographes. De nombreux témoins au Procès de la Bienheureuse rapportent qu’elle disait « des choses admirables des mérites de Notre Seigneur Jésus-Christ auxquelles elle joignait de très ferventes prières, pour la sainte Eglise » (An., 396 r.), « des pensées si ferventes et amoureuses »... (Tru., 289 r.), « avec des termes si preignants qu’on voyait bien qu’elle n’avait appris cela qu’en l’école du Saint-Esprit »... (Tru., 288 v.) «... la ferveur avec laquelle elle [les] produisait avait je ne sais quoi qui ravissait les âmes et les emportait à Dieu » (Tru., 289 r.).
   A partir de « O Dieu de mon cœur » (23 r.) jusqu’à « Pour tous je vous supplie » (24 v.), cf. Val. 320-321: « Comme le feu Roy Henry le Grand fut entré à Paris, et que lors pour la nécessité de son Royaume il tolérast les Hérétiques, plusieurs d’iceux se mirent à dogmatiser.. contre [des] articles de notre foy... elle le sçavoit par le rapport qu’on luy en faisoit ; de quoy estant grandement attristée, elle se mit à prier pour les nécessitez de l’Église, et la conversion des hérétiques, et est probable que ce fut en ces termes qui se trouvent en un petit fragment qu’on a recouvert de ses prières accoustumées : « O pauvres ames dévoyées du vray chemin de salut, qui est-ce qui vous y remettra : Hélas ! pauvres Chrestiens, que de maux vous ont saisis ! Qui donnera remède à tant de maux ? O pauvre Église ! chère espouse de mon bien aymé, que de persecutions te pressent que de persécuteurs t’affligent ! Qui te donnera secours au milieu de tant de tempestes & d’angoisses ? O Seigneur ! vous voyez les necessitez & rnisères de tout le monde, subvenez à tous, pourvoyez à tous, que tous vous reclament & invoquent, pour tous Seigneur je vous supplie ». Comparer avec Bou., 508.

-17-Cf. Cant. Spir., I re rédaction, str. XXXVIlI : « O âmes créées pour ces grandeurs et qui y êtes appelées, que faites-vous ? à quoi vous amusez-vous ? » Il est à remarquer que la Bienheureuse n’a pu connaître le Cantique Spirituel dont la première édition espagnole est de I630, la première traduction fran,caise de I622 (Cf. Autour, II, 3I, 26-27).

-18-Cf. Val., 353 : « Le regardant quelquesfois, ou l’escoutant vous inviter à le regarder; et puis vous direz, Hélas ! mon bien-aimé, si vous voulez que je vous regarde, regardez-moy, premièrement... »

-19-Cf. Tru., 288 v. : « Elle en discourait [des mystères les plus relevés comme du mystère de la Très Sainte Trinité]... elle rendait claires et faciles ces matières si hautes et difficiles en elles-mêmes ».

-20-Rappel de la sentence dont le sens ne perdit jamais de sa plénitude pour Barbe Acarie. (Cf. Introduction aux « Vrays Exercices », note I).

 
  Apparition de Ste Thérèse d'Avila l Prières de Madame Acarie l Priez Madame Acarie