LETTRE DU PRÉPOSÉ GÉNÉRAL À L'ORDRE POUR
LE QUATRIEME CENTENAIRE DE LA MORT
DE LA BIENHEUREUSE MARIE DE L'INCARNATION (1566-1618)

 

      Très chers frères et sœurs dans le Carmel,

      Trois ans après le cinquième centenaire de la naissance de notre Mère Sainte Thérèse de Jésus, le Carmel célèbre le quatrième centenaire de la Bienheureuse Marie de l'Incarnation, mieux connue sous le nom de Madame Acarie. Ce rapprochement s'impose en raison du lien singulier existant entre la Bienheureuse et la Madre : Sainte Thérèse apparut en effet à Madame Acarie en 1601, puis en 1602 pour lui demander d'implanter sa Réforme en France.

Une vocation thérésienne

      Pourquoi Sainte Thérèse s'est-elle adressée à cette femme mariée, mère de six enfants? Madame Acarie connaissait la réformatrice espagnole depuis quelques mois par la lecture du livre de « la vie » traduit en français en 1601. Reconnaissant 1' envergure de cette fondatrice de communautés, elle n'en demeurait pas moins réservée au regard de l'exubérance des phénomènes mystiques. Barbe quant à elle estime Thérèse certainement au titre de mystique et de femme d'action passionnée pour la cause de l'Eglise. N'avait-elle pas fondé San José d'Avila au moment où elle eut connaissance des guerres de religion commencées en France en 1562 ? La demande faite par Philippe II aux monastères de prier pour l'unité de l'Église avait retenti alors vivement dans le cœur de Thérèse comme elle en témoigne elle-même vers 1565:
      «En ce temps-là j'appris les malheurs de la France, les ravages qu'avaient faits ces luthériens, et combien se développait cette malheureuse secte. J'en eus grand chagrin, et comme si je pouvais quelque chose, ou comme si j'eusse été quelque chose, je pleurais devant le Seigneur et le suppliais de remédier à tant de maux. Je me sentais capable de donner mille fois ma vie pour sauver une des nombreuses âmes qui se perdaient là-bas.... J'ai donc décidé de faire le tout petit peu qui était à ma portée, c'est-à-dire suivre les conseils évangéliques aussi parfaitement que possible, el tâcher d'obtenir que les quelques religieuses qui sont ici fassent la même chose, confiante en la grande bonté de Dieu, qui ne manque jamais d'aider quiconque décide de tout quitter pour Lui. » « Chemin de pe1fection » chap. I § 2
      À cette même époque, naît en effet celle que Thérèse appellera 3 5 ans plus tard à fonder le Carmel réformé en France. Barbe Avrillot voit le jour le 1" février 1566 à Paris dans une riche famille de la noblesse de robe. Durant trente ans, elle vit dans un pays où se succèdent six guerres de religion aux conséquences désastreuses tant au point de vue social que religieux. Elle est mariée contre son gré à 1' âge de 16 ans à un homme de 22 ans, Pierre Acarie, riche et fervent catholique engagé dans le parti de la Ligue pour la défense d'une monarchie catholique. Elle se trouve ainsi au cœur du conflit lié à la dernière de ces guerres civiles (1588-1594): son mari est l'un des 16 membres du gouvernement insurrectionnel instauré à Paris en 1589 après l'assassinat du Roi Henri III. Durant cette période, elle a une vie spirituelle intense depuis que sa « conversion » en 1587 a ravivé en elle le goût de la prière et le souci des pauvres.

      Suite à l'échec de la Ligue et à l'accession au trône d'Henri IV en 1594, Pierre Acarie est exilé. Ayant engagé sa fortune personnelle pour soutenir la ligue, il laisse son épouse face à des créanciers qui font saisir leurs biens. Commencent alors quatre années marquées par la misère, la solitude, les combats juridiques, les accidents de santé. Déployant une énergie hors du commun, Barbe parvient à rétablir la situation sociale de son mari de manière telle qu'elle devient une célébrité dans Paris. La reine Marie de Médicis voudrait l'avoir pour confidente, ce que Madame Acarie refuse par humilité. Le roi lui-même cherche à la rencontrer. Déjà en lien avec de grands spirituels depuis plusieurs années en raison de sa vie mystique, son salon devient le lieu de rendez- vous de l'élite religieuse. Un grand nombre d'hommes d'église et de laïcs viennent s'entretenir chez elle de spiritualité, de projets de réforme ou de fondation. Ainsi en sera-t-il pour la fondation de l'Oratoire par Bérulle ou des Ursulines par Madame de Sainte Beuve. Elle est aussi en relation avec de futurs fondateurs comme Saint François de Sales et Saint Vincent de Paul.
      Le souci de Barbe Acarie rejoint désormais le projet exprimé par la grande Thérèse dans le « Chemin de Perfection » : réaliser la reconquête religieuse de la France non par les armes, mais par la prière. Thérèse de Jésus, après lui avoir intimé à deux reprises l'ordre de faire venir sa Réforme en France, lui apparaît à nouveau en 1602 au sanctuaire de Saint Nicolas de Port pour lui demander de devenir carmélite avec le statut de sœur converse! C'est ce qu'elle fera en 1614 après la mort de son mari, poursuivant jusque-là une intense activité au service de divers monastères et accompagnant l'extension rapide du Carmel en France. Son directeur spirituel et premier biographe, André Duval, écrira qu'il ne se faisait rien d'important dans l'Église de France qui ne passa par elle.

Un témoignage d'humanité

      La première marque de l' œuvre de Dieu en cette femme est la manière dont elle a assumé les blessures de son enfance. Sa mère fit le vœu à la Vierge d'habiller sa fille en blanc jusqu'à l'âge de sept ans pour la conserver après avoir perdu plusieurs enfants en bas âge. Elle la met en pension à l'âge de dix ans chez des Clarisses. Celles-ci notent chez Barbe une conscience droite, un désir inflexible de vérité, un sens profond du péché et une aptitude à se vaincre soi-même. Elle se lie d'une amitié fidèle avec Andrée Levoix, pensionnaire pauvre du monastère, qui deviendra sa confidente et sa servante. Andrée sera parmi les trois premières françaises à entrer au Canne!.
      Barbe aurait voulu devenir moniale, mais sa mère la reprend à l'âge de 14 ans en vue de la marier. Elle veut alors être religieuse chez les Augustines hospitalières. Face à la résistance de sa fille, sa mère la maltraite durement. Elle refuse de la voir et la soumet au froid de l'hiver au point que Barbe aura un pied gelé. Elle lui impose le mariage à l'âge de seize ans. Ce sont les seules traces des relations entre la mère et la fille que nous ayons, car rien ne nous est parvenu sur la petite enfance, ni sur la période suivant son mariage. La mère apparaît uniquement sur un acte notarié par lequel Barbe renonce à son héritage à la mort de celle-ci. Nous n'avons pas davantage de témoignage quant à ses relations avec ses trois frères. Quant au Père, Barbe se rapprochera de lui vers 1602 peu avant sa mort. Durant les années noires où elle est plongée dans la pauvreté, elle ne reçoit aucun secours de ses parents et de ses frères. Il résultera de ce manque d'affection familiale une grande sensibilité à la souffrance d'autrui et une remarquable capacité à s'oublier soi-même. Elle sera toujours d'une discrétion extrême quant à elle-même, spécialement en ce qui concerne sa vie mystique pourtant étonnamnent riche. Son attachement indéfectible à la Vierge montre qu'elle a trouvé en Marie sa véritable mère.
      Elle connaît dans sa belle-famille une période d'épanouissement humain. Comblée par cette famille extrêmement riche, Barbe brille dans la haute société parisienne où elle est surnommée « la belle Acarie ». Sa belle-mère a une telle amitié pour elle que son mari en éprouve de la jalousie. Barbe apprend à aimer véritablement cet homme qu'elle n'a pas choisi. Elle a pour lui une attention constante, supportant l'autoritarisme qu'il manifestera en vieillissant. Elle est aussi aimée et admirée par son mari. De même qu'elle l'a soutenu durant son engagement dans la ligue, celui-ci lui laisse une incroyable liberté et finance généreusement ses œuvres. Il éprouve cependant quel qu'ombrage au regard de son rayonnement. Il se montre exigeant envers elle, se justifiant en disant qu'il avait mission de la sanctifier !
      Elle dispense à ses six enfants l'affection qu'elle n'a pas reçue tout en les exerçant au don de soi et à un attachement sans faille à la vérité. Loin de reproduire avec eux l'autoritarisme dont elle a souffert, elle veille avec soin à ce qu'ils choisissent librement leur orientation de vie. Marie, Marguerite et Geneviève entreront au Carmel, voie à laquelle 1' éducation quasi monacale donnée par leur mère les avait certes prédisposées. Nicolas se marie et aura deux enfants que leur grand- mère affectionnera particulièrement. Pierre sera vicaire général de l'évêque de Rouen et travaillera à la cause de canonisation de sa mère. Jean a été religieux dans un modeste prieuré, sans que l'on sache ce qu'il est devenu ensuite. Barbe se soucie particulièrement de ses fils Nicolas et Jean dont les parcours furent problématiques.

      Sans doute a-t-elle reçu chez les Clarisses, en plus d'une solide éducation chrétienne, l'affection qui lui a manqué dans sa famille. li n'en reste pas moins remarquable de voir la richesse de cœur dont cette femme a témoigné, oubliant en Dieu les blessures de sa propre histoire pour se consacrer aux autres. Son dévouement familial est vécu avec un sens étonnamment moderne du respect de l'autre et de sa liberté. Elle déploie dans le même temps une activité considérable auprès des pauvres et des prostituées entre autres.

Femme d'action et mystique

      La jeune mariée, belle et admirée, s'est laissé tenter quelques temps par l'esprit du siècle: belles toilettes, sensibilité à 1' admiration que suscite sa beauté, lectures de romans volages tel ceux d' Amadis de Gaule. Son mari s'en inquiète et remplace dans la bibliothèque ces romans par des livres de spiritualité. Dans l'un d'eux, Barbe lit cette phrase attribuée à saint Augustin : « Trop est avare à qui Dieu ne suffit. » Cette lecture faite en 1587 provoque un bouleversement spirituel comparable à celui que Thérèse éprouva au pied du Christ souffrant. Cette sentence résonne d'ailleurs à la manière de la célèbre formule Thérésienne « Dieu seul suffit ! » Elle répétera cette phrase tout au long de sa vie, tant cette expérience spirituelle fut décisive pour la suite de son existence.
      Cela se traduit immédiatement par un intense engagement caritatif qui trouve occasion à se déployer en 1589 avec l'afflux à Paris de blessés de guerre venant de Senlis. Puis ce fut le secours apporté aux pauvres menacés par la famine lors du siège de Paris par Henri de Navarre en 1590. Parallèlement, elle a une vie mystique dont l'intensification à partir de 1590 inquiètera sa famille qui la fait soigner par des saignées. En 1592, elle fait la connaissance de Benoît de Canfield, un spirituel d'inspiration rhéno-flamande qui authentifie ces grâces. Aux extases fréquentes s'ajoutent en 1593 des stigmates invisibles, qui la feront terriblement souffrir chaque vendredi jusqu'à sa mort.
      Le bannissement de son mari en 1594 a lieu ainsi au moment où elle vit d'intenses expériences de la présence de Dieu. Elle a moins de 30 ans lorsqu'elle doit faire face subitement à une extrême pauvreté liée à la ruine de Pierre Acarie. Revenant à cheval d'une visite rendue à son mari exilé, elle fait une chute qui lui vaut une triple fracture du fémur. Elle est marquée à vie par 1 'infirmité qui en résulte. Pendant cette période d'infortune, elle est abandonnée par sa propre famille et subit le mépris de ceux qui furent ses admirateurs. Sans se laisser abattre, elle révèle des talents exceptionnels pour défendre en justice les droits de son époux. Elle apprend ainsi les mécanismes de la société civile, ce qui fut une préparation providentielle à l'action qu'elle devait mener ensuite comme fondatrice de monastères.
      Rétablie avec les siens dans leur hôtel particulier de la rue des juifs, la Vierge Marie lui apparaît en 1599. Commence alors 1' étape de son prodigieux rayonnement ecclésial à travers son salon que tout Paris désigne comme « le salon Acarie », Après les apparitions de Thérèse, elle s'occupe directement de la construction du premier canne! en partie financée par Pierre Acarie. Dans le même temps, elle crée la congrégation Sainte Geneviève pour préparer des jeunes femmes à la vie du Carmel. Elle organise, sans pouvoir y participer elle-même, l'expédition chargée d'aller chercher en Espagne des filles de Sainte Thérèse formées par la Madre. Elle accompagne ensuite les fondations de nouveaux carmels qui se succèdent en cascade. Il y en aura 24 en France à sa mort ! Elle témoigne en tout cela d'un sens aigu des responsabilités et d'une foi infaillible en la providence : « Elle laissait à la Providence divine comme s'il n '.Y avait point de moyens humains et travaillait comme s'il n '.Y avait point de Providence divine ».
      En 1606, à l'issue d'une maladie grave qui comporta un épisode de corna, elle s'éveille avec un esprit d'ingénuité et une fraicheur d'enfant qui surprend son entourage. A partir de cette époque, redoublant d'humilité et de confiance en Dieu, elle manifeste un amour pour Jésus dans le mystère de son enfance d'une manière, qui annonce Thérèse de !'Enfant Jésus. Il semble qu'il lui ait été donné de vivre, à travers cet épisode régressif intense, comme une réconciliation avec sa propre enfance. L'enfance spirituelle prend alors une grande place dans sa vie de foi.

Carmélite

      Pierre Acarie meurt le 17 novembre 1613 après une pénible maladie pendant laquelle son épouse l'assiste affectueusement. Après avoir réglé la succession, Barbe, âgée de quarante-huit ans et de santé précaire, sollicite la grâce d'être admise comme sœur converse dans l'un des Carmels les plus pauvres. Sa demande ayant été agréée, elle va rendre grâce à 1 'abbaye de Longchamp où toute jeune elle avait désiré être moniale. Elle est reçue au Carmel d'Amiens le 16 février 1614 et prend l 'habit le 7 avril. Cette femme si connue à Paris devient ainsi sœur converse sous le nom de Marie de l'Incarnation. Elle aide à la cuisine autant que le permet son infirmité. Avec l'accord de la prieure, elle exerce un ministère auprès des sœurs, qui viennent la solliciter. Elle prononce ses vœux solennels le 8 avril 1615. Elue prieure à l'unanimité, elle refuse cette charge pour rester fidèle à son statut de sœur converse. La prieure élue est sans égard pour ses infirmités et lui interdit de continuer à conseiller les sœurs.
      Les Supérieurs décident son transfert au canne] de Pontoise, sous prétexte que le climat y est plus salubre, mais aussi pour la préserver. Reçue avec ferveur le 7 Décembre 1616, elle est autorisée à prodiguer à nouveau ses conseils tant aux novices qu'à la prieure. S'étant opposé au vœu de servitude à Jésus et Marie que Bérulle demande aux carmélites de prononcer, il en résulte en conflit qu'elle porta en silence. Elle ne dira rien en particulier de la souffrance que lui causa sa dernière rencontre avec celui dont elle avait été si proche. Elle veut être « la dernière et la plus pauvre de toutes ». Ses sœurs admirent son obéissance et sa charité, tandis que son union à Dieu transparaît en tout son être. Pendant ces quatre années au Carmel, elle édifie ses sœurs par son humilité, son zèle pour l'accomplissement de la règle, l'ardeur de sa charité et son amour pour Dieu.
      Elle est atteinte de paralysie le 7 février 1618. Sujette à des convulsions, elle souffre extrêmement. Elle semble perdue parfois dans les abîmes de l'amour divin et paraît insensible à tout, ne faisant que répéter: « Quelle miséricorde, Seigneur! Quelle bonté à l'égard d'une pauvre créature ! » Sa dernière heure approchant, on lui apporte le Viatique le Jeudi saint, 12 avril. Le Samedi saint, elle se lève encore et entend la messe. Le jour de Pâques, à trois heures du matin, elle reçoit la sainte communion, et meurt le 18 Avril, pendant que son confesseur, Monsieur Duval, lui administre I'Extrême-Onction, Le médecin faisant observer qu'elle n'était plus, Monsieur Duval s'arrête avant de réciter la prière pour l'âme qui vient de sortir de ce monde. Il se tourne vers la communauté et dit: « À l'instant où je parle, la défunte jouit déjà de la vue de Dieu. » C'était le Mercredi de Pâques. Elle avait cinquante-deux ans. Au dehors, la rumeur se propage rapidement : « la sainte est morte, la sainte est morte ! »

Obéissance et liberté

      Barbe n'a pas choisi le mariage qui lui est imposé à l'âge de 16 ans, mais après une période de résistance farouche à la volonté de sa mère, elle décide d'y reconnaître la volonté de Dieu. Cette obéissance n'est pas formelle comme en témoigne son amour sincère pour son époux auquel elle manifestera son affection avec une fidélité remarquable. Pierre et Barbe, dès le début de leur union, vécurent un véritable amour conjugal en dépit d'inévitables tensions. Ils témoignent de la solidité d'un amour fondé davantage sur l'engagement envers l'autre que sur les sentiments. Leur expérience peut éclairer les enjeux de la fidélité conjugale.
      Par son éducation rude, Barbe a été habituée très jeune à la pauvreté et à la souffrance physique. Elle s'est soumise avec calme et douceur à la volonté injuste de sa mère. Elle sait se priver, spécialement quand il s'agit de secourir les pauvres au moment de la famine qui sévit durant le siège de Paris. Son ascèse est liée à son attention aux autres et se vit à travers un dévouement concret. Elle est sensible à la misère d'autrui et ne fait pas des mortifications une fin en soi.
      Elle assume les vicissitudes d'une existence qu'elle n'a pas choisie: ruine de son mari exilé après son échec politique, chute à cheval qui la laisse infirme pour le reste de son existence. Son acceptation des malheurs n'a rien d'une résignation comme en témoigne son action courageuse pour surmonter les épreuves.
      Elle n'a pas même choisi d'être carmélite et surtout pas comme sœur converse. Elle qui a une si grande culture et qui a exercé tant de responsabilités répond pourtant à cet appel signifié par Sainte Thérèse elle-même. Elle assume avec une radicalité étonnante cet humble état dans les deux communautés où elle vécut. Elle ne se plaignit jamais en particulier de la dureté de sa prieure à Amiens à laquelle elle obéissait en tout. Elle nous laisse ainsi un témoignage singulier d'humilité dans l'oubli de soi et la gratitude pour l'amour de Dieu.
      Son témoignage nous invite à reconnaître que l'exercice fondamental de la liberté consiste à recevoir la vie comme un don de Dieu. La liberté chrétienne ne consiste pas tant dans le choix de son existence que dans une vie filiale caractérisée par le don de soi à Dieu en toute circonstance. La liberté est plénière quand nous nous engageons tout entier dans le choix posé, que celui-ci résulte d'un choix personnel ou de l'acquiescement par amour à ce que nous n'avons pas choisi.
      La volonté moderne d'autonomie conduit à opposer obéissance et liberté. La Bienheureuse Marie de l'Incarnation nous montre que la véritable liberté ne s'acquiert pas en décidant par soi- même ou en s'affranchissant de toute autorité, loi ou contraintes extérieures. L'acte libre n'est pas défini par la capacité de choisir, mais par la capacité de se donner entièrement à ce que l'on a choisi. La liberté consiste à discerner la volonté de Dieu dans la réalité de l'existence afin de l'accomplir de tout son cœur par amour pour lui. Cette obéissance à Dieu ouvre le cœur au mystère infini de l'Amour. Il n'y a donc pas de plus grande liberté que celle de pouvoir s'offrir soi-même en réponse à cet Amour. Tel est sans doute le testament le plus précieux que nous laisse la Bienheureuse Marie de l'Incarnation.

Vie posthume

      Elle n'a pas souhaité laisser d'écrits spirituels, estimant que ce n'était pas sa mission : elle brûla le traité sur « la vie intérieure », qu'elle avait composé. Nous ne conservons d'elle qu'un petit nombre de lettres et des notes spirituelles intitulées par ses biographes : « Les vrays exercices de la bienheureuse Marie de l'Incarnation, composez par elle-mesme. Très propres à toutes âmes qui désirent ensuyvre sa bonne vie. »

      Son corps ayant été enterré dans le monastère de Pontoise, les miracles se multiplient autour de sa tombe. A la demande de son fils Pierre, grand vicaire de Rouen, sa cause de canonisation est ouverte dès 1622. La malle contenant le procès est envoyée à Rome. Perdue en chemin, elle est retrouvée à Lyon des décennies plus tard. La cause ainsi oubliée est reprise à l'initiative de la princesse Louise de France, au Carmel Mère Thérèse de Saint Augustin (1737-1787). Au cours de la Révolution française, le pape Pie VI veut soutenir les catholiques de France au sein de l'épreuve qu'ils traversent. li déclare ainsi Bienheureuse Sœur Marie de l'Incarnation, le 24 mai 1791. li vit dans la béatification de cette femme éminemment engagée au service du Christ et de !'Église la consolation de son pontificat. Que l'exemple et la prière de la Bienheureuse Marie de l'Incarnation soit pour nous aussi source de consolation et de véritable liberté en Christ : « Ô mon Dieu très bon, mets en moi l 'esprit de charité el de reconnaissance envers toi. Qu 'y a-t-il dans le ciel sinon toi el qu'ai-je voulu sur la terre sinon toi ? Tu es le Dieu de mon cœur et la pari de mon héritage pour l'éternité. »

 

 
  Apparition de Ste Thérèse d'Avila l Prières de Madame Acarie l Priez Madame Acarie